Quelques mots pour situer l'art singulier :
Parallèlement à l’art officiel, fondé sur des
principes
académiques hérités de la Renaissance
italienne, une création autodidacte existe depuis
toujours en Occident. Longtemps ignorée, elle prend à
présent le chemin de la
reconnaissance. Ces dessins, peintures et sculptures hors-normes
enrichissent
notre définition de l’oeuvre d’art.
Les affranchis
Pour être un artiste reconnu en Occident, suivre une formation
classique et
obtenir le prix de Rome a toujours été utile, voire
indispensable. Toutefois,
une profonde évolution des mentalités a eu lieu au cours
du siècle qui vient de
s’écouler. On a vu des peintres, les impressionnistes, remporter
un succès
considérable en se passant de la technique du dessin. Puis
d’autres, les
cubistes, ont aboli la nécessité du réalisme,
tandis que les expressionnistes
laissaient leurs sentiments submerger l’allure des formes qu’ils
représentaient. Après la mort de Van Gogh, le monde de
l’art s’est découvert
une passion pour les artistes “maudits”, renouant ainsi avec la
tolérance de
l’aspect mélancolique et capricieux, “saturnien” du
créateur, évoqué par
certains philosophes depuis l’antiquité. Ensuite,
parallèlement à la naissance
de la psychanalyse, au début des années 20, les images
entrevues en rêve ont
investi la peinture surréaliste. Dans le même temps, le
théoricien Marcel
Duchamp entreprenait de convaincre le monde du fait que “tout est art”.
La multiplication des
moyens de communication a, pour sa part,
favorisé au début du XXème siècle
l’émergence de nouveaux modèles exotiques,
utilisant des codes symboliques formidablement plastiques, obligeant
l’art
classique européen à relativiser sa prétendue
supériorité. La géométrie des
sculptures africaines, les couleurs de l’océan Pacifique,
l’espace des estampes
japonaises... Dans un tel contexte, la reconnaissance de l’art brut a
participé
à une évolution générale de la
définition de l’oeuvre d’art et de son
apparence.
Une nouvelle forme de création, relativement spontanée, a
donc progressivement
investi, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, des
ateliers, des
galeries et des musées occidentaux.
Depuis son ouverture en 1976, la collection du musée de l’art
brut de Lausanne
en Suisse attire des peintres et des sculpteurs, tentés par
l’aventure
artistique, soucieux de préserver leurs impulsions
premières, mais représentant
le besoin d’appartenir à un courant. Au désespoir de ceux
qui ne voulaient voir
en lui qu’un moyen de subversion destiné à saper le
système académique en
place, l’art brut fait donc désormais école. Comme toutes
les avant-gardes, en
vieillissant il n’échappe ni au Panthéon ni à
l’académisme (les récentes et
multiples expositions en attestent).
Françoise
Monnin
Critique d’art et
commissaire d’exposition
Ces quelques reflexions
sont issues de son livre
“l’Art Brut” aux Editions
Scala 1997
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