Biennale Internationale
Hors les normes de Lyon


Pourquoi Hors les normes ?

C’est une histoire, une inscription dans le temps et l’espace. Cette histoire, elle a débuté avec d’autres artistes singuliers à Praz sur Arly (Haute Savoie) il y a 11 ans de cela.
Elle ne s’éteint pas mais développe à Lyon une nouvelle dimension : L’internationale.

Cet événement n’est pas un nouveau « off » car il préexistait -en marge malheureusement- de l’art du devant de la scène. Par cet événement, il compte éclairer une part de l’art souvent resté dans l’ombre du grand frère officiel.

Les singuliers, les outsiders, les naïfs, les bruts, les visionnaires, les intuitifs, le folk art contemporain, les alternatifs, les autodidactes, les marginaux, … autant de noms pour cerner l’incernable, puisque sans frontière géographique, d’école, ... Cet art vient par essence de l’homme, de sa constitution, de ses racines communes. Sa sincérité de langage en devient un langage compréhensible de tous.

L’international devient « l’outnational » !

L’outnational n’est pas une simple création mais elle existe dans la réalité de réseaux qui dépassent les frontières géographiques. Elle ne nie pas les différences, mais les potentialise sur le plan de la création qui de fait, trouve une tribune internationale par le langage commun utilisé.
Pourquoi chercher des racines à l’art singulier car il est né avec l’homme qui n’acceptait pas le commun sans une touche d’imaginaire comme le facteur Cheval avec ses galets ou l’homme de  Neandertal dans sa grotte.
Hors des écoles contemporaines qui s’inscrivent dans le temps, l’art singulier tend vers un art mondial non académique qui a souffert de ses qualités charmantes, naïves et primitives.

Quelques mots pour situer l'art singulier :

Parallèlement à l’art officiel, fondé sur des principes académiques hérités de la Renaissance italienne, une création autodidacte existe depuis toujours en Occident. Longtemps ignorée, elle prend à présent le chemin de la reconnaissance. Ces dessins, peintures et sculptures hors-normes enrichissent notre définition de l’oeuvre d’art.

Les affranchis
Pour être un artiste reconnu en Occident, suivre une formation classique et obtenir le prix de Rome a toujours été utile, voire indispensable. Toutefois, une profonde évolution des mentalités a eu lieu au cours du siècle qui vient de s’écouler. On a vu des peintres, les impressionnistes, remporter un succès considérable en se passant de la technique du dessin. Puis d’autres, les cubistes, ont aboli la nécessité du réalisme, tandis que les expressionnistes laissaient leurs sentiments submerger l’allure des formes qu’ils représentaient. Après la mort de Van Gogh, le monde de l’art s’est découvert une passion pour les artistes “maudits”, renouant ainsi avec la tolérance de l’aspect mélancolique et capricieux, “saturnien” du créateur, évoqué par certains philosophes depuis l’antiquité. Ensuite, parallèlement à la naissance de la psychanalyse, au début des années 20, les images entrevues en rêve ont investi la peinture surréaliste. Dans le même temps, le théoricien Marcel Duchamp entreprenait de convaincre le monde du fait que “tout est art”.

La multiplication des moyens de communication a, pour sa part, favorisé au début du XXème siècle l’émergence de nouveaux modèles exotiques, utilisant des codes symboliques formidablement plastiques, obligeant l’art classique européen à relativiser sa prétendue supériorité. La géométrie des sculptures africaines, les couleurs de l’océan Pacifique, l’espace des estampes japonaises... Dans un tel contexte, la reconnaissance de l’art brut a participé à une évolution générale de la définition de l’oeuvre d’art et de son apparence.
Une nouvelle forme de création, relativement spontanée, a donc progressivement investi, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, des ateliers, des galeries et des musées occidentaux.
Depuis son ouverture en 1976, la collection du musée de l’art brut de Lausanne en Suisse attire des peintres et des sculpteurs, tentés par l’aventure artistique, soucieux de préserver leurs impulsions premières, mais représentant le besoin d’appartenir à un courant. Au désespoir de ceux qui ne voulaient voir en lui qu’un moyen de subversion destiné à saper le système académique en place, l’art brut fait donc désormais école. Comme toutes les avant-gardes, en vieillissant il n’échappe ni au Panthéon ni à l’académisme (les récentes et multiples expositions en attestent).

Françoise Monnin
Critique d’art et commissaire d’exposition
Ces quelques reflexions sont issues de son livre
“l’Art Brut” aux Editions Scala 1997


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